Timo (@lehollandaisv): "Voilà qui résume tout. Et comme les "petites mains" sont de moins en moins nécessaires (ie robotisation) , ça explique pourquoi le chômage est en hausse, même si tout le monde a un diplôme aujourd'hui." / Twitter

Il y a de ça, mais j'ai un avis beaucoup moins tranché sur la robotisation et l'informatisation en général, qui ne me semblent pas avoir l'effet sur le chômage qu'on a tendance à leur attribuer.

La robotisation en particulier est pleine de paradoxes : le pays le plus robotisé est également celui avec le plus grand taux de travailleurs humains. En France on a taux de robots/travailleurs assez faible et le chômage est plus haut que dans d'autres pays avec un taux bien supérieur. Je pense que le problème n'est pas tant la robotisation qu'une volonté d’assujettissement inhérente au capitalisme.

Lorsque Ford a amélioré la productivité avec des améliorations techniques, il a également baissé le nombre d'heures de travail : les ouvriers faisaient de toute façon plus en moins de temps. Les progrès techniques ont grandement amélioré la productivité, mais nous n'avons pas baissé le temps de travail à la mesure du progrès. La question est de savoir pourquoi, et c'est en partie ce sur quoi je bosse cette année.

Timo (@lehollandaisv): "Un diplôme (ou de l’expérience) ça ne paie pas plus, mais ça permet d’être pris plus vite. Avant on…" / Twitter

J'ajouterai, puisque la dame est sur de la narration d'anecdote, que les deux seuls professeurs du département de la fac où je suis en formation sont les deux « doyens » en matière d'âge les moins compétents de l'ensemble des enseignants de ce département.

Tu peux être d'une génération plus exigeante, avoir plus de diplômes, deux doctorats et être moins compétent que les personnes que tu formes sur les sujets de recherche qui ont fait ta carrière. Si je devais généraliser un cas comme elle le fait, j'en arriverais à la conclusion que les diplômes d'antan valaient plus en valeur économique du fait de leur rareté et non du fait des compétences associées...

Donc que valeur d'un diplôme et compétences n'ont en réalité jamais été corrélés, et qu'il est absurde de se baser sur une simple anecdote de prof de BTS pour dénigrer les compétences d'une génération à la Platon « les jeunes c'est la décadence ».

(Là j'ai pas la ponctuation pour donner le ton, mais il est mi-figue mi-raisin. Autre chose : sans entrer dans de l'anarchisme à la Chomsky, il y a une raison à cette valeur dégradée du diplôme, qui ne correspond pas aux compétences. J'veux dire… Avant, dans le temps, c'étaient les entreprises qui formaient les travailleurs à leur métier. Pas pendant trois jours comme c'est le cas aujourd'hui. Comme c'était une source de frais importante, et que ça jouait sur la concurrence, les entreprises ont externalisé. Ou plutôt : l'État a, comme toujours et depuis le début, servi d'aide au marché en prenant sur lui ces frais de formation. Comprenez que les entreprises avaient BESOIN de cette prise en charge pour obtenir une main d'œuvre qualifiée abondante et ainsi virer des frais [de formation, mais pas seulement : passer de la secrétaire à Microsoft Office, bref couper dans tout ce qui ne valorise pas]. Mécaniquement, plus de diplômés c'est une baisse des salaires des diplômés à compétences égales. C'est donc tout bénef pour les entreprises qui « gagnent » [vous comprendrez les guillemets plus tard] sur trois tableaux :

  • moins de frais de formation ;
  • moins de parts de salaire ;
  • une main d'œuvre qualifiée bon marché et abondante.

Maintenant, les guillemets. Si ce gain apparent s'est réalisé, c'est parce que la part du travail vivant dans la valeur a fortement baissé. Comme je l'ai dit, plus besoin de la secrétaire quand on peut avoir Office que tout le monde doit savoir utiliser. Ce qui signifie donc que si l'on considère la génération de diplômés d'aujourd'hui comme moins compétente, c'est que ces compétences ont été intégrées dans du savoir technique accumulé. Du logiciel, de la machine, etc. Ça signifie également que la part productive du travail vivant baisse. Donc que justement on a pas besoin de payer un être humain pour produire de la valeur autant qu'on devait le faire auparavant, ce qui explique aussi la baisse de valeur du diplôme. Donc ce gain des entreprises sur les trois tableaux a été rendu nécessaire par le fait qu'en réalité elles produisent moins de valeur. D'où, notamment, la croissance à un chiffre qu'on observe.

Bref, on retombe sur l'observation de départ : valeur économique du diplôme et compétences ne sont pas corrélés, ou plutôt il y a d'autres facteurs bien plus importants pondérant une quelconque corrélation. Voir la baisse de valeur des diplômes comme la conséquence d'une baisse de compétences, c'est prendre le problème dans le mauvais sens en supprimant tous les autres facteurs pourtant plus importants qui jouent sur la valeur et sur les compétences.)

Note

J'ai compris. En fait si le gouvernement fait tout pour créer la misère, c'est par pure écologie, pour sauver la planète.

Regardez : je suis pauvre, j'ai pas de voiture, je vis seul, j'ai pas d'enfant, je mange quasiment pas de viande, je recycle, je prends le train et préfère la marche au bus, je sors pas de chez moi, je consomme quasi-rien. Du coup, je suis à un quart en dessous du seuil mondial. https://www.carbonfootprint.com/calculator.aspx

« Votre bilan carbone est de 0,76 tonnes, soit 1,51 tonnes par an. Le bilan carbone moyen des personnes de France est 4,570 tonnes. La moyenne pour l'Union européenne est d'environ 6,4 tonnes. Le bilan carbone moyen dans le monde est d'environ 5 tonnes. L'objectif mondial pour lutter contre le réchauffement climatique est de 2 tonnes. »

(Seuil d'objectif mondial pour lutter contre le réchauffement climatique, pas seuil actuel, hein.)

Et encore, j'ai de la chance, j'habite l'un des pays avec une faible empreinte carbone sur l'électricité, qu'est-ce que ce serait sinon… #leNucleaireCestLeMaaaal

Bon, par contre, je suis pas certain que mettre 60 millions de personnes dans la même situation changera quelque chose lorsque l'on voit que 5 fois plus d'états-uniens produisent en moyenne 10 fois plus de CO2 que moi, hein… Je dis ça en réaction à TeamTrees, où Elon Musk a donné pour 1 million d'arbres hier, battant de fait le fondateur de Twitter avec ses quelques 150 000 arbres. Planter 20 millions d'arbres, c'est un objectif à atteindre, personne ne le niera. Si ça se réalise, il aura fallu moins d'un an pour atteindre ce qu'Ecosia aura mis 9 ans à faire. Ce qui est cool, insérez ici un passage sur la prise de conscience d'une crise écologique. Seulement, 20 millions c'est rien. Même avec une estimation sympathique, ça n'absorbera que 0,001 % du CO2 produit par an. Je sais bien que c'est pas l'objectif premier (juste un challenge pour célébrer 20 millions d'abonnés). Je dis juste que ça va pas servir à grand chose.

C'est comme regarder un grand événement social où chacun essaie de se donner bonne conscience. Je ne fais pas de procès d'intention, je pense que les participants sont sincères. Mais voilà, si l'on soustrait les serveurs, le personnel, etc. de l'équation, on pourra dire que Jack Dorsey a remboursé avec ses 150 000 arbres le CO2 émis par tous les tweets depuis près de 10 ans. Nul doute que dans 10 ans, ces 150 000 $ auront amorti l'impact de Twitter. Est-ce que cela va changer quoi que ce soit d'autre ? Pas le moins du monde.

Pourquoi ça ne va rien changer ? Retour au début de la note : si l'on veut empêcher un réchauffement global, on doit tous vivre comme moi. Pauvre, à rester chez soi en ne consommant rien. Ou bien virer les gros pollueurs, ce qui ne se fait pas par des gestes quotidiens. glhf

⚒Archéo Contempo Jones Junior ⚒ (@CaiusAugustus7): "Le massacre du ferroviaire que ce soit fret ou voyageurs par l’etat, est pour moi, acté depuis des années..l’incompréhension vis a vis des cheminots et ce qu’ils incarne…" / Twitter

Bien sûr que c'est acté. En fait, c'est pire qu'acté ; c'était écrit dès le départ. Dans le système capitaliste, l'État et l'économie ne sont pas des sphères hétérogènes, mais au minimum co-extensives. C'est ce qui s'est passé avec les autoroutes, avec l'ensemble des télécommunications (Internet, téléphone, télévision, satellites…) au niveau infranational.

L'État sert (notamment) de laboratoire en assumant les frais de lancement des infrastructures et technologies dont le marché a besoin. Une fois ces infrastructures rendues rentables (autrement dit, une fois que la concurrence peut se jouer), elles sont ouvertes au marché. Ce mécanisme fonctionne au niveau supranational : c'est par la nationalisation quasi-totale, par un capitalisme d'État en autarcie, que les pays peu industrialisés « communistes » sont arrivés sur le marché avant de s'ouvrir à ce dernier.

Voilà pourquoi je dis que c'était pire qu'acté. L'ouverture au marché du ferroviaire, avec le massacre qui l'accompagne, était présent au cœur du capitalisme. Penser que ça ne vient que d'un néolibéralisme est à mon sens une erreur de jugement de nostalgiques du « capitalisme à la papa » keynesien. (Et du coup le corollaire, c'est que penser que la SNCF resterait à jamais en dehors des lois capitalistes était une mécompréhension fondamentale du capitalisme, notamment portée par la gauche marxiste…)

Élisabeth BORNE (@Elisabeth_Borne): "Bon pour la planète, bon pour le pouvoir d’achat : l’Etat et la filière automobile s’engagent pour le véhicule #électrique !…" / Twitter

J'ai une idée de véhicule électrique qu'on peut même rendre autonome plus facilement, et dont on a déjà les infrastructures (pas besoin de construire des bornes).

Ça s'appelle le train.

Dommage que là l'État ne s'engage pas.

Note

Sinon je suis tombé sur ça : https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_sorcellerie_capitaliste-9782707147813.html

Ça semble n'être qu'une resucée d'anti-capitalisme primaire sur base quasi-exclusive de Deleuze et Guattari, d'inspiration Starhawk (sorcières altermondialistes), sans réelle mention d'ésotérisme.

Croyez-le ou non, pas une seule fois il n'est fait mention du fétichisme. Or, c'est prépondérant à la critique de Marx sur le capitalisme, mais également d'autres auteurs anthropologues. On voit une continuité directe entre le totem et la marchandise. Il y aurait eu toute une réflexion à mener là-dessus, sur le parallèle que crée explicitement Marx entre le capitalisme et la religion, sur l'histoire des fétichismes, pour faire véritablement du capitalisme « un système sorcier sans sorciers ».

Les quelques références à Starhawk et aux « sorcières activistes » me semblent tomber à plat au vu de ce que je sais du néopaganisme. La Wicca, réaction à l'élection de Reagan en 1980, really ?

Pareil, il y a des passages sur les hackers, façon libristes. Z'ont pas l'air de comprendre que la base du hacker n'est pas tant la libre information (et donc la lutte contre l'appropriation de communs) que la flemme. Je le dis sans connotation péjorative. La flemme peut être (et est, dans le cas du libriste) une manière de critiquer le travail salarié capitaliste. Pourquoi refaire lorsque l'on peut construire à partir de ? C'est une ode au travail mort, à l'accumulation des savoirs, ce qui devrait être couplé avec une critique du travail vivant comme voué à disparaître. Or, c'est justement, dans le cadre du libre, accompagné de valeurs de partage. Dans le libre, plus tu participes en partageant avec qualité, mieux tu es vu. Le don définit les relations sociales, ce qu'on retrouve dans les sociétés pré-capitalistes jusqu'aux sociétés de chasseurs-cueilleurs (cf. les travaux de Polanyi, Mauss et consorts). Il y avait là un « fait social total » (Mauss), un indicateur anthropologique à faire valoir pour aller plus loin que le simple « si ça se trouve c'est écosophe mais on a peur que ce soit progressiste ».

Voilà, j'ai juste feuilleté le bouquin, mais il me paraît rester bien trop en surface, sans jamais rentrer dans la difficulté des objets qu'il aborde, hormis peut-être lorsqu'il ne fait que réécrire du Deleuze.