Severance
En train de regarder le début de Severance. Y a un petit côté Loki meets The Prisoner (oui je suis vieux, et c'était déjà une ref de vieux quand j'ai regardé cette série… en fait c'était déjà une ref de vieux quand mon père regardait cette série pour m'en parler plus tard).
Ben Stiller, je suis vraiment pas fan de sa carrière comique, et en tant que réalisateur de films c'était bof sans plus. Faut croire qu'il a eu de l'aide entre-temps, parce que le premier épisode était très bien réalisé, avec beaucoup de plans cinématographiques assez intéressants (un jeu sur le fait d'être coincé dans sa vie, un autre sur la symétrie particulière du lieu de travail…).
C'est assez intéressant niveau philo du travail, même si je suis pas encore arrivé au moment où l'on comprend ce qu'est vraiment leur boulot. J'ai quelques idées dessus, mais ça empêche pas la série d'être une très bonne expérience de pensée, qui marche à la fois sur les arguments des pro et des anti travail.
Le décor est magnifique, et sa symbolique s'étend au-delà de la série. Les bureaux de Lumon, c'est en réalité le Bell Labs Holmdel qui, non content d'être le berceau de la radio astronomie, accueille des chercheurs souvent prix Nobel. C'est là qu'étaient développés des systèmes laser, holographiques, de fibre optique, de réalité virtuelle, des supraconducteurs, mais également le système UNIX (base de tous les OS modernes excepté Windows), et donc le langage C (une grosse référence). La ville même était une company town, ces villes américaines qui se développent autour d'une unique industrie où tout le monde travaille. Donc Lumon, et sa ville, reflètent une réalité en utilisant ces lieux de tournage.
J'aime beaucoup le fait que la série se donne le luxe de reposer sur sa cinématographie et son jeu d'acteurs parfois millimétré. Régulièrement, il suffit d'un regard, d'une inflexion presque imperceptible d'un muscle du visage, pour comprendre exactement l'état d'esprit d'un personnage et prévoir la façon dont il va réagir. C'est une série qui se regarde plus qu'elle ne s'écoute. Ce, sans tomber dans le cliché de la série artsy qui ne fait qu'aligner les belles images sans réelle compréhension du sens. Cette cinématographie semble assumée, si l'on en juge par la fin de la saison 2.
J'ai moins apprécié l'enchaînement des épisodes de la seconde saison, alors qu'elle a des épisodes filler (qui se reconnaissent visuellement à l'absence de générique) qui sont les meilleurs de la série. L'histoire y est incroyablement plus développée, notamment dans la profondeur des personnages, et on y dévoile le meilleur qu'un acteur peut offrir (je pense à la performance de John Turturro/Irving par exemple). Mais c'est comme deux albums d'un même groupe de musique : la saison 1 est cohérente de bout en bout, offrant une expérience souvent moindre que les chef d'œuvres de certains épisodes de la saison 2 mais que l'on peut apprécier de façon égale comme un tout.
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